Royaume-Uni : Jeremy Corbyn lance un nouveau parti « socialiste »
Jeremy Corbyn a dirigé le parti travailliste de 2015 à 2020 (archives).
Photo: KEYSTONE/EPA/ANDY RAINJeremy Corbyn a affiché son ambition de bâtir un 'nouveau parti socialiste démocratique' au Royaume-Uni en ouverture samedi du congrès inaugural de la formation qu'il a cofondée pour occuper un espace à gauche et attirer les déçus du gouvernement travailliste.
'Notre mouvement est un mouvement pour la justice, l'égalité et la durabilité environnementale', a lancé, devant plusieurs milliers de militants réunis à Liverpool dans le nord de l'Angleterre, l'ex-dirigeant du Labour et vétéran de la gauche britannique.
Depuis l'élection législative qui a porté le Labour de Keir Starmer au pouvoir en juillet 2024, le paysage politique britannique est en pleine recomposition, avec la montée en puissance des libéraux-démocrates (centre), des Verts (gauche) et de la formation anti-immigration Reform UK.
Pour entrer à Downing Street, Keir Starmer a recentré le parti travailliste, une stratégie qui ouvre des perspectives pour Jeremy Corbyn, 76 ans, marginalisé depuis son départ du Labour en 2020.
'Une vraie alternative'
'Les gens ont désespérément besoin d'une vraie alternative à la montée de l'extrême droite', juge auprès de l'AFP le député indépendant, allié de Corbyn, Shockat Adam, au moment où Reform UK, dirigé par l'ex-promoteur du Brexit Nigel Farage, s'affiche en tête des sondages sur les intentions de vote.
Ce nouveau parti - pour l'instant nommé 'Your Party' - a été annoncé en juillet par Jeremy Corbyn, qui a dirigé le parti travailliste de 2015 à 2020, mais a dû démissionner après la défaite historique du Labour aux législatives de 2019, et Zarah Sultana, ex-députée Labour de 32 ans.
Tensions
Mais les débuts s'avèrent chaotiques, avec des tensions internes qui s'étalent sur la place publique.
Samedi, Jeremy Corbyn, désormais député indépendant dans sa circonscription londonienne, a appelé à l'unité les 50'000 membres de 'Your Party', 'parce que la division ne servira pas les intérêts des gens que nous voulons représenter'.
Peu après, un porte-parole de Zarah Sultana a dénoncé une 'chasse aux sorcières', après que certains de ses partisans ont annoncé avoir été exclus du congrès. Et a annoncé que la députée n'entrerait pas dans la salle du congrès samedi.
Tris Rodriguez, auto-entrepreneure de 49 ans venue de Bristol, espère que 'Your Party' saura 'se rassembler'. Elle dit chercher une 'alternative' au Labour, qui l'a déçue en n'étant 'pas assez audible' contre la transphobie, le racisme, et pour la Palestine.
Aysha Rafique, chercheuse londonienne de 38 ans, dit elle avoir été 'inspirée' par 'l'approche collaborative' portée initialement par Corbyn et Sultana.
Avant le congrès, Stuart Hill, ancien élu local Labour à Tyneside (nord-est de l'Angleterre) qui a rejoint 'Your party', déplorait auprès de l'AFP que les travaillistes 'reprennent à leur compte' la rhétorique de Reform UK sur l'immigration.
'(Nigel) Farage, le banquier de la City, n'est pas l'ami des travailleurs', a lancé Jeremy Corbyn samedi.
Concurrence des Verts
Il a également reçu une large ovation lorsqu'il a dénoncé le 'génocide' contre les Palestiniens à Gaza et accusé le gouvernement de Keir Starmer d'en être 'complice'.
Lors du week-end, les militants devront choisir le nom définitif du parti et décider de porter à sa tête un leader unique ou une direction collective.
Malgré les déboires du gouvernement travailliste et les voix dissonantes croissantes au sein de son aile gauche, seuls 12% des électeurs affirment qu'ils pourraient 'envisager de voter' pour 'Your Party', contre 29% pour le Green Party, selon un sondage YouGov publié cette semaine.
Ce dernier, mené depuis septembre par Zack Polanski, 31 ans, ne cesse de grimper dans les sondages.
Polanski, omniprésent sur les réseaux sociaux, a 'pris la place' de Jeremy Corbyn pour 'incarner la voix (...) de la gauche radicale', explique Colm Murphy, spécialiste de la gauche britannique à l'université Queen Mary de Londres.
Le gouvernement Starmer, qui a suscité le mécontentement dans son camp en s'attaquant à certaines aides sociales, a annoncé cette semaine dans son budget une hausse du salaire minimum et des allocations familiales.
'Nous devrions faire beaucoup plus pour conserver nos soutiens traditionnels', regrette auprès de l'AFP le député travailliste Steve Witherden.
/ATS