La présidente du Louvre a remis sa démission
Des malfrats avaient dérobé en une poignée de minutes des joyaux de la couronne au Louvre en octobre (archives).
Photo: KEYSTONE/AP/Thibault CamusSous le feu des critiques, la présidente du Louvre Laurence des Cars a démissionné mardi quatre mois après un spectaculaire cambriolage dans le musée le plus visité au monde, qui a besoin, selon le président français Emmanuel Macron, d'une 'nouvelle impulsion'.
Le 'casse du siècle', comme l'ont baptisé les médias, avait fait le tour du monde le 19 octobre, avec ces malfrats filmés en train de dérober en une poignée de minutes des joyaux de la couronne à l'aide d'un simple monte-charge, en plein Paris.
Ce cambriolage avait soulevé une onde de choc mondiale et mis au jour d'importantes failles de sécurité du musée, qui accueille chaque année quelque 9 millions de visiteurs.
Toujours introuvable, le butin, dont s'est emparé le commando en plein jour, a été estimé à 88 millions d'euros.
Sur la sellette depuis ce vol spectaculaire, Laurence des Cars, 59 ans, a remis sa démission à Emmanuel Macron qui l'avait nommée fin 2021. Le président français l'a acceptée en saluant un 'acte de responsabilité', selon un communiqué, sans préciser le nom de son ou sa successeur.
Déstabilisée par ce spectaculaire cambriolage, Mme des Cars avait été enduite fragilisée par la mise au jour d'anciens audits alarmants sur la sécurisation du Louvre, dont elle ignorait l'existence, et la révélation de dysfonctionnements internes, dans un climat social très dégradé.
Son mandat courait jusqu'à la fin de l'année.
'Je suis sereine et fière du travail accompli', a-t-elle réagi dans un entretien au Figaro mis en ligne après sa démission. 'Mais tenir la barre ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir avancer. Et les conditions pour avancer ne sont plus réunies', a ajouté la dirigeante qui rappelle avoir alerté les pouvoirs publics sur le sous-équipement du musée dès janvier 2025.
'Mis en échec'
'Cette lucidité a pu être parfois douloureuse mais elle était indispensable (...). J'en paye peut-être le prix aujourd'hui', ajoute-t-elle, assumant avoir été 'là pour prendre la foudre'.
Mme des Cars a martelé le même credo dans un message aux quelque 2300 agents du Louvre. 'Par une ironie cruelle, le vol du 19 octobre 2025 a donné un écho sans précédent à une vérité que je n'ai cessé de rappeler depuis ma prise de fonctions: le Louvre a beau être le plus grand musée du monde (...) il n'en est pas moins fragile', indique-t-elle dans ce message publié sur le site du Louvre.
Au lendemain du braquage, cette conservatrice expérimentée avait remis sa démission à la ministre de la Culture Rachida Dati qui l'avait refusée et avait ordonné une enquête administrative aux conclusions alarmantes sur la 'sous-estimation chronique' des risques de vol.
Dans un autre rapport accablant publié début novembre, la Cour des comptes avait reproché au Louvre d'avoir 'privilégié des opérations visibles et attractives' au détriment de la sécurité.
Sous pression, Mme des Cars avait été contrainte de concéder des failles. 'Malgré nos efforts, malgré notre travail acharné au quotidien, nous avons été mis en échec', déclarait-elle fin octobre.
Plusieurs mesures d'urgence ont, depuis, été prises, et Mme des Cars tentait de se projeter sur le très contesté projet 'Louvre - Nouvelle Renaissance' qui prévoit notamment la construction d'une nouvelle salle pour la Joconde.
Son message a toutefois été affaibli par une avalanche de revers qui ont frappé le Louvre depuis le cambriolage, dont la fermeture d'une galerie en raison de la vétusté des locaux et la découverte d'une vaste fraude à la billetterie.
En interne, son action était également décriée par les personnels engagés depuis mi-décembre dans le plus long conflit social de l'histoire du musée.
Son départ marque un 'nouveau chapitre', a estimé le ministère de la Culture dans un communiqué, estimant que la prochaine présidence 'aura à mettre en oeuvre le chantier de réorganisation' lancé par Mme Dati, elle-même en partance du gouvernement.
'Les nombreuses défaillances dans le pilotage de l'établissement appellent à une reprise en main forte', a réagi auprès de l'AFP Alexandre Portier, président de la commission d'enquête sur la sécurité des musées français qui devait entendre Mme des Cars pour une audition mercredi après-midi.
L'audition a été repoussée à la demande de Mme des Cars, a-t-il précisé.
/ATS