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Takahiro Yamamoto, un pionnier japonais aux couleurs de la Suisse

23.06.2026 04h00

Takahiro Yamamoto, un pionnier japonais aux couleurs de la Suisse

Granit Xhaka (à gauche) connaît Takahiro Yamamoto de son passage à Arsenal. Le physio y travaille toujours, en plus de son engagement avec la Nati.

Photo: KEYSTONE/PETER KLAUNZER

Un physio japonais fait partie intégrante du staff de la Nati depuis 2022. Son nom: Takahiro Yamamoto, un pionnier du football nippon en Europe, recommandé par Granit Xhaka en personne.

Né en 1968 à Tokyo, 'Taka' Yamamoto n'était pourtant pas vraiment destiné à vivre une Coupe du monde. Son rêve de gosse: devenir joueur professionnel de baseball, dans ce pays fou de 'yakyu'. 'Malheureusement, ça n'a pas fonctionné', se marre le quinquagénaire, que Keystone-ATS a pu rencontrer dans les jardins du Fairmont Grand del Mar, le luxueux camp de base de l'équipe de Suisse à San Diego.

Il a tout de même fait du sport dans sa carrière, après ses études de préparateur physique et d'acupuncture à Tokyo. A la fin des années 1990, il travaille pour le Shonan Bellmare, une formation de J.League, la première division japonaise. Dans ce club basé à Hiratsuka, entre le mont Fuji et la capitale, il rencontre quelqu'un qui va bouleverser sa vie: Hidetoshi Nakata.

Dans le sillage d'une superstar

Le monde du football avait fait la connaissance du milieu de terrain aux Jeux olympiques de 1996, où le Japon avait réussi l'exploit de battre le Brésil. Deux ans plus tard, Nakata signe un contrat avec Pérouse, en Serie A, et devient le deuxième Japonais à s'imposer dans un grand championnat européen après Kazuyoshi Miura.

'C'est à ce moment-là que Nakata m'a appelé, mais je ne pouvais pas le rejoindre tout de suite', se remémore Takahiro Yamamoto. Le jeune trentenaire débarque finalement en Italie en février 2000, alors que Nakata vient de signer à l'AS Rome. Il devient l'entraîneur personnel du numéro 10, qui fut nommé trois fois parmi les 50 candidats au Ballon d'or à cette époque (1998, 1999 et 2001).

Les clubs du calcio se succèdent: après Rome, c'est Parme, puis Bologne et la Fiorentina, avant un ultime prêt en Angleterre, à Bolton. Et Yamamoto suit son employeur sans discuter. 'Ce n'était pas moi qui décidais, j'allais où il allait', s'amuse-t-il deux décennies plus tard, un franc sourire dominant son bouc grisonnant.

Mais en 2006, Hidetoshi Nakata, alors superstar du football nippon, range ses crampons à seulement 29 ans. Son dernier match: une défaite face au Brésil synonyme d'élimination au Mondial 2006. Il ne supporte plus la pression liée à son statut et préfère prendre sa retraite avant son déclin.

Un coup de fil décisif

Takahiro Yamamoto se retrouve seul, mais il a entre-temps acquis un nouveau statut. 'A Parme, un physio avait eu un accident de voiture et le club m'avait demandé de le remplacer', raconte-t-il. En plus de Nakata, il s'occupe donc aussi de ses coéquipiers, et fait le choix de rester à Bolton après le retrait de son compatriote.

La vie est toutefois rude dans le nord de l'Angleterre pour cet amoureux du soleil. 'Passer de Florence à Manchester, ça fait un choc', glisse-t-il. Il retourne donc en Toscane, où il fait face à des galères administratives. 'Après un an et demi, je suis finalement parti.'

'Taka' pense alors rentrer pour de bon au Pays du Soleil-Levant, retrouver sa famille et ses amis à Tokyo. Mais alors qu'il fait ses valises, il reçoit un appel du staff italien de West Ham, qui le convainc de retourner en Angleterre, à Londres. Il y rencontre son épouse, une Japonaise, avec laquelle il a deux fils aujourd'hui ados, plutôt branchés foot que baseball.

La recommandation de Xhaka

L'expatrié travaille six ans chez les Hammers avant d'être embauché par Arsenal en 2015. C'est chez les Gunners qu'il fait la connaissance de Granit Xhaka. Une relation de confiance se noue entre les deux hommes. 'Granit est très fort, surtout au niveau du tronc. C'est une machine. Il enchaînait les matches de 90 minutes sans se blesser. Mais quand il ressentait une petite douleur, c'est moi qu'il venait voir', confie le Japonais.

Alors, quand l'équipe de Suisse renouvelle une partie de son staff en 2022, Xhaka n'hésite pas à recommander Yamamoto. L'intéressé à l'habitude de cumuler les jobs: il a déjà travaillé pour le Pays de Galles, l'Italie (avec laquelle il participe au Mondial 2014) et l'Angleterre.

'J'ai toujours beaucoup de plaisir avec l'équipe de Suisse. C'est l'occasion de voir d'autres visages, de quitter le quotidien du club. C'est vraiment rafraîchissant', énumère le natif du Kanto. Avec la sélection, son travail est davantage axé sur la récupération que sur la rééducation. Sa journée se compose de cinq à six 'shifts' que les joueurs peuvent réserver pour profiter de ses soins, en plus de sa présence lors de l'entraînement collectif quotidien.

'Toujours au même endroit'

Ses talents d'acupuncteur sont particulièrement appréciés. Les Suisses sont plutôt ouverts aux aiguilles. 'En Angleterre beaucoup moins et les Italiens pas du tout', rigole 'Taka'

Et les 'Samurai Blue' dans tout ça? Le Londonien d'adoption suit évidemment les résultats de la sélection japonaise, mais ne poursuit pas le rêve d'en faire partie. 'Ils ont déjà un excellent staff. Et il y a eu un changement de génération ces dernières années. Je connais moins les jeunes joueurs', explique-t-il.

Et lorsqu'on lui demande ce que ça lui fait de porter les couleurs d'un pays qui n'est pas le sien, 'Taka' Yamamoto n'hésite pas un instant et pose l'index sur sa poitrine. 'Pour moi, ce n'est pas un problème. Mon coeur est toujours au même endroit.'

/ATS