Économie

Gironde: feu « toujours stabilisé », le risque de reprises persiste

29.07.2026 12h47

En Gironde, le mégafeu à la merci de la chaleur et des vents

Le retour des fortes chaleurs atisent le mégafeu en Gironde, de quoi faire redouter de prudence aux pompiers.

Photo: KEYSTONE/AP/Emma Da Silva

Le retour mercredi des fortes chaleurs et les vents marins attisent le mégafeu en Gironde, avec de nouveaux départs de flammes par endroits après une deuxième nuit plus calme qui avait permis de 'stabiliser' l'incendie.

Bonne nouvelle toutefois sur le front des températures. La Gironde et le département voisin des Landes, repassés en vigilance orange canicule mercredi, rebasculeront en vert jeudi dès 06h00 du matin.

'Cette redescente s'explique par un net rafraîchissement qui va s'opérer par la façade atlantique la nuit prochaine', a précisé Météo-France dans son bulletin, 'tandis que les fortes chaleurs s'intensifient à l'est'.

Une semaine après le début du plus gros feu de forêt à frapper la France depuis 1949, avec 42.000 hectares déjà consumés, une importante reprise au nord de la station balnéaire de Lanton mobilise depuis la fin de la matinée les pompiers aidés de nombreux volontaires, a constaté une équipe de l'AFP.

Sur cette commune du bassin d'Arcachon, les flammes lèchent la lisière d'un champ de maïs jouxtant la forêt, attisées par des rafales de vent sec, dégageant une épaisse fumée noire dans une chaleur déjà étouffante. Un ballet incessant de Canadair et Air Tractor effectue des largages tandis qu'au sol, on lutte contre les étincelles.

Solidarité

Au 8e jour de la bataille, alors que les corps commencent à être épuisés chez les soldats du feu, la solidarité se manifeste toujours spontanément.

Sur une route à Lanton, quatre bénévoles, torse nu, le visage protégé par un tee-shirt, se cramponnent à une énorme cuve de récupération d'eau installée à l'arrière d'un pick-up.

La peau noircie par la cendre, ils se précipitent avec des pelles et des seaux d'eau pour étouffer les flammes d'un mètre parties d'un tas de végétation.

'Ça nous est très utile', souligne le commandant de pompiers Matthieu Jomain en saluant cette cohorte d'anonymes.

'Je me suis mis à pleurer'

'J'ai 67 ans et j'ai jamais vu ça. On longeait le long de la route vers ici et je me suis mis à pleurer', avoue Jean-Claude Bonnet, bénévole bordelais. 'Le pire, c'est les animaux qu'on voit et qui sont brûlés au bord de la route. C'est une catastrophe écologique'.

Après une baisse des températures ces derniers jours, la chaleur est revenue, le thermomètre affichant 39°C à Bordeaux à 18H00.

D'autant que le vent souffle sur les braises et alimente l'incendie. Les autorités misaient en début d'après-midi sur des rafales de 30 à 45 km/h et un taux d'humidité en baisse.

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.

Conséquence des incendies, la qualité de l'air se dégrade. Plus de 5 millions de masques FFP2 ont été livrés en pharmacie pour protéger les habitants exposés aux fumées, a annoncé le gouvernement.

Le feu couvera 'des semaines voire des années'

'La surface brûlée' -42'000 hectares en une semaine- n'a pas évolué, évoquait en début de journée la préfecture de la Gironde après une deuxième nuit 'calme' et quelques reprises 'traitées rapidement'. En revanche, le bilan des blessés dans les rangs des soldats du feu s'est alourdi, avec 126 sapeurs-pompiers blessés, soit 16 de plus que la veille.

Avec 92'000 hectares détruits sur tout le territoire depuis janvier, l'année 2026 bat déjà le record de surfaces brûlées en France en 20 ans de mesures satellitaires, selon le système européen de surveillance des feux (Effis).

Quelle que soit l'évolution des prochains jours en Gironde, 'le feu va continuer à couver pendant des semaines, voire des années', prévient auprès de l'AFP le lieutenant des pompiers Cyril Venière. 'Le feu de Landiras', en 2022 dans les Landes, 'est resté chaud pendant deux ans, il est encore sous surveillance'.

Un chantier colossal de 127 kilomètres de 'coupes tactiques', quasiment achevé, vise à priver l'incendie de 'combustible' et à empêcher sa progression, selon la DFCI (Défense de la forêt contre les incendies).

57'000 retours à la maison

Profitant d'une relative accalmie, 57'000 habitants de trois villes proches de Bordeaux évacués la semaine dernière ont été autorisés à rentrer chez eux.

'Le climat reste très anxiogène', remarque Corinne Lopez, retraitée de la petite ville du Haillan, qui a retrouvé son quartier 'encore bien calme' pour la première promenade de sa chienne.

Depuis le début du mégafeu, ce sont 222'000 personnes qui ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes. Et pas moins de 62 campings ont été vidés de leurs 50'000 vacanciers en Gironde et dans les Landes.

Comme les jours précédents, toujours aucun TGV ne circulera jeudi au sud de Bordeaux, hormis ceux qui desservent Agen et Toulouse, et l'autoroute A63 reste fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne.

Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et dans le Var.

Dans ce dernier département, le feu qui a parcouru environ 4.500 hectares en huit jours dans le massif du Gros Bessillon est désormais 'fixé', a annoncé la préfecture.

Des moyens aériens ont été acheminés vers la France sous la forme de sept avions et quatre hélicoptères en provenance de plusieurs pays, notamment la Suède et la Turquie, selon un décompte de l'Union européenne.

/ATS