Culture

L'Odyssée et l'IMAX 70 mm: l'expérience selon Nolan

30.07.2026 08h17

L'Odyssée et l'IMAX 70 mm: l'expérience selon Nolan

L'Odyssée de Christopher Nolan a été pensée pour l'IMAX (archives).

Photo: KEYSTONE/AP/Petros Giannakouris

'Prouesse technologique', 'pur chef-d'oeuvre', 'imposant comme un temple grec': l'engouement pour le dernier film de Christopher Nolan est palpable. Pensé de A à Z pour le format IMAX 70 mm, L'Odyssée est un phénomène culturel. Décryptage avec un chercheur de l'UNIL.

C'est quoi, l'IMAX 70mm?

L'Odyssée est le premier long-métrage entièrement tourné avec des caméras IMAX 70 mm. Très imposantes, ces grosses machines étaient, jusqu'ici, particulièrement bruyantes, ce qui compliquait la réalisation.

Des ingénieurs ont alors été recrutés par la société canadienne IMAX Corporation pour créer de nouvelles caméras. L'auteur d'Oppenheimer (2023) et Dunkerque (2017), qui utilisait déjà ce format dans plusieurs de ses films, généralement pour quelques scènes, a ainsi pu conter l'épopée d'Ulysse dans un format inhabituellement haut, qui frôle le carré. En langage cinématographique, on parle de 'ratio 1.43:1'.

'On ne peut pas penser le format 70 mm en termes contemporains, explique à Keystone-ATS Charles-Antoine Courcoux, historien du cinéma à l'Université de Lausanne (UNIL). Il n'est pas question de résolution au sens de l'image numérique, mais d'une qualité visuelle qui est impressionnante.' Ce format s'accompagne 'd'un piqué extraordinaire' - une netteté et une précision notables - et d'une grande possibilité d'immersion.

Y a-t-il un 'vrai' et un 'faux' IMAX?

Seules 41 salles dans le monde - dont une poignée en Europe - sont équipées pour projeter L'Odyssée dans le format privilégié par Christopher Nolan ou 'as Nolan intended' selon la formule adoptée par les critiques et sur les réseaux sociaux. La plupart sont aux Etats-Unis.

Contraintes logistiques, techniques et financières expliquent leur rareté. 'Les bobines IMAX 70 mm sont énormes', souligne le professeur. Ces kilomètres de pellicule s'enroulent sur plusieurs mètres et pèsent souvent plus de 100 kg.

De nombreuses salles projettent ainsi le film en format numérique, avec une technologie laser. Même si le ratio est différent de celui d'une projection analogique (1.90:1), il n'empêche que les écrans gardent leur taille caractéristique monumentale et que le format est plus haut que celui d'une projection 'classique'.

Pourquoi est-il question de cette technologie maintenant?

'C'est toujours quand l'industrie se trouve dans une concurrence accrue qu'elle doit innover pour mettre en avant la plus-value de l'expérience en salle', analyse Charles-Antoine Courcoux. L'argument technique surgit ainsi dans le cadre du discours promotionnel, poursuit-il.

En 2026, le principal concurrent est le streaming. Plusieurs périodes dans l'histoire du grand écran ont vu apparaître des mécanismes similaires.

Dans les années 1950, l'essor de la télévision coïncide avec l'arrivée et la mise en avant du procédé révolutionnaire du CinémaScope, qui permet une image panoramique. Dans les années 2000, James Cameron se fait ambassadeur de la 3D avec le blockbuster Avatar. 'Le streaming n'était pas encore là, mais le piratage faisait une certaine concurrence au cinéma', explique le spécialiste du cinéma américain.

Ici, Christopher Nolan défend l'idée d'une expérience cinématographique qui mise sur la qualité audiovisuelle et l'authenticité du spectacle, pointe encore le chercheur. En substance, contrairement à un visionnage sur petit écran où l'on est seul chez soi, le moment vécu en salle offre une expérience sociale partagée, immersive et spectaculaire. Surtout lorsque l'on songe à la composition monumentale de l'image du réalisateur britannico-américain, continue Charles-Antoine Courcoux.

L'historien ne remet d'ailleurs 'pas un instant en doute la sincérité' du réalisateur qui se montre si attaché à cette forme de cinéma. 'L'intérêt n'est pas de questionner sa sincérité, mais de comprendre pourquoi il valorise le format du film et la technique dans le cadre de sa promotion.'

Pourquoi L'Odyssée séduit autant?

Depuis sa sortie, le 15 juillet, L'Odyssée a engrangé plus de 680 millions de dollars américains au box-office. Nombre de séances affichent par ailleurs complet, ou presque. En Suisse aussi, qu'elles soient IMAX ou non.

'Même si on ne le voit pas dans ce format, on va essayer de le voir dès les premières semaines, avec du monde, dans les meilleures salles', relève l'historien, dont les recherches portent également sur les stars de cinéma. Entre aussi en jeu 'la question de l'aura et du prestige' de cette immense figure du cinéma.

Visionner un long-métrage dans une salle IMAX - 70 mm ou non - reste 'une expérience audiovisuelle' qui, au-delà de l'image, valorise le son, composante d'ailleurs importante du film de Nolan. Dans une telle salle, 'même les habits peuvent vibrer', illustre Charles-Antoine Courcoux, qui note la mise en avant du paramètre 'hallucinatoire' de l'expérience. 'Dans le prolongement du discours du réalisateur, on va voir ses films pour être impressionnés.'

Les effets produits par un film tel que L'Odyssée empruntent au récit - en l'occurrence, une fable mythologique - mais aussi au spectacle. 'La force de Nolan est de lier les deux. (...) La sortie de l'un de ses films est un phénomène culturel en soi.'

Où voir le film en Suisse?

En plus des salles obscures 'classiques', il existe sept salles dans le pays qui permettent de voir le film en IMAX, projeté en numérique et non en 70 mm. Elles sont toutes exploitées par Pathé ou blue Cinema. Sur l'ensemble, une se trouve en Suisse romande, à Genève. A noter que le prix d'un billet d'une séance IMAX est généralement plus élevé et qu'il peut varier selon le lieu et l'exploitant.

/ATS