Une étude montre que le LSD améliore l'apprentissage moteur
Pour les chercheurs de l'Université de Fribourg, une question mérite une attention particulière: comment le LSD agit-il sur notre cerveau bien après la dissipation de l’effet immédiat d'une expérience psychédélique? (photo symbolique)
Photo: KEYSTONE/EPA/DIEGO AZUBELLe LSD ne se contente pas de provoquer un 'trip'. Une étude fribourgeoise publiée jeudi montre qu'une seule dose améliore l'apprentissage de mouvements le lendemain, avec des progrès supérieurs d'un tiers.
Une équipe de recherche de l'Université de Fribourg a étudié les effets d'une dose de 100 microgrammes de LSD sur 43 personnes en bonne santé. Les participants ont dû apprendre une séquence de frappes sur des touches de piano, une fois après avoir pris la substance et une autre fois après un placebo.
L'étude, dirigée par le professeur Gregor Hasler, a révélé que le bénéfice du LSD n'apparaît pas pendant l'apprentissage lui-même, mais durant la phase de consolidation qui suit. Quatre-vingts minutes après l'entraînement, les progrès réalisés sous LSD dépassaient de 32,8% ceux atteints avec le placebo, et ce, bien que la prise de la substance ait eu lieu la veille.
'Il s'agit, à notre connaissance, de la première étude contrôlée qui révèle une amélioration de l'apprentissage moteur après la prise d'un psychédélique', déclare Abigail Calder du Molecular Psychiatry Lab de l'Université de Fribourg, responsable de l'étude. Les raisons de cet effet ne sont pas encore claires. Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses, comme une plus grande malléabilité du cerveau après la prise, ou des modifications de l'attention et de la motivation.
Vers des applications cliniques?
Cette découverte pourrait présenter un intérêt pour la rééducation de patients ayant subi un accident vasculaire cérébral ou une autre lésion cérébrale. L'apprentissage moteur est en effet déterminant pour se réapproprier certains gestes.
L'équipe de recherche reste toutefois très prudente. 'Nos résultats ne constituent pas une recommandation pour un usage clinique', souligne Abigail Calder. L'étude a été menée exclusivement sur des personnes en bonne santé. 'Il nous faut d'abord déterminer si l'effet se vérifie dans d'autres études et s'il pourrait servir, par exemple, pour la neurorééducation ou l'ergothérapie', ajoute-t-elle.
Moins de stress, mais avec prudence
Un autre effet a été observé une semaine après l'expérience: les participants ont rapporté une baisse de leur niveau de stress et parfois une plus grande flexibilité mentale. Les auteurs de l'étude invitent cependant à interpréter ces résultats avec précaution. Les sujets savaient quand ils avaient reçu le LSD, et leurs attentes ont donc pu influencer leur évaluation.
Jusqu'à présent, la recherche s'est principalement concentrée sur les effets du LSD pendant l'expérience psychédélique. Cette étude suggère que la phase qui suit pourrait également être pertinente. D'autres travaux devront déterminer si cet effet sur l'apprentissage persiste au-delà d'une journée et s'il pourrait un jour être exploité à des fins thérapeutiques.
/ATS