Pré-COP31: Tuvalu estime que l'Australie a outrepassé son rôle
Le Premier ministre australien, Anthony Albanese a été critiqué à Tuvalu.
Photo: KEYSTONE/EPA/SARAH YENESELUne dizaine de dirigeants issus pour la plupart d'Etats du Pacifique effectuent une visite mardi à Tuvalu, un archipel d'Océanie. Ils viennent constater la disparition d'un écosystème foisonnant en raison du changement climatique.
Ce déplacement se déroule en marge de la réunion préparatoire au sommet de la COP31, organisée par les Fidji jusqu'à jeudi, qui vise à insister sur la manifestation concrète du changement climatique dans le Pacifique.
Le voyage de mardi vise notamment à montrer les efforts déployés pour protéger les populations, a précisé le ministre du Climat de Tuvalu, Maina Vakafua Talia. 'Les décisions que nous prendrons à la pré-COP et à la COP31 seront ressenties en premier par nos communautés', a-t-il ajouté.
Seuls quelques dirigeants, parmi lesquels le Premier ministre australien Anthony Albanese, ont atterri mardi matin à Funafuti, la capitale de Tuvalu.
Des centaines de personnes vêtues de costumes traditionnels, coiffées de couronnes de fleurs et munies de parapluies pour se protéger des fortes pluies se sont rassemblées pour accueillir les responsables, accompagnés d'une petite délégation de journalistes, dont l'AFP.
Le groupe a visité le projet d'adaptation côtière de Tuvalu, un chantier visant à atténuer l'impact de l'élévation du niveau de la mer puis a tenu un dialogue avec des habitants.
'Manque de respect'
L'Australie a pris un rôle de premier plan dans la réunion préparant la COP 31, mais Anthony Albanese s'est attiré mardi les critiques d'un conseiller du gouvernement de Tuvalu l'accusant de manque de respect et estimant que l'Australie avait outrepassé son rôle au cours de la visite à Tuvalu.
'Ce n'est pas parce que nous avons signé le traité qu'ils peuvent prendre le contrôle de notre pays et de notre souveraineté', a déclaré le conseiller à l'AFP sous couvert d'anonymat. 'C'est comme ça que c'est ressenti'.
L'Australie et Tuvalu ont signé en 2023 l'Union Falepili, un traité bilatéral sans précédent qui associe la gestion du changement climatique, la mobilité humaine et la sécurité, et qui a débouché notamment sur une nouvelle catégorie de visa australien pour les habitants de l'archipel menacé de submersion.
Le point culminant de la capitale, Funafuti, ne se trouve qu'à environ deux mètres au-dessus du niveau de la mer.
Les discussions de la pré-COP doivent préparer le terrain pour la COP31, la grande conférence mondiale sur le climat sous l'égide de l'ONU, prévue en novembre à Antalya, en Turquie.
'Tout est mort'
La priorité pour les dirigeants des Etats du Pacifique est de maintenir l'objectif de 1,5°C et de souligner l'impact des hausses des températures sur les océans. Entre la montée des eaux, qui met en péril les habitations, et l'augmentation des températures, qui provoque le blanchissement des coraux, le Pacifique compte parmi les régions les plus touchées par le réchauffement climatique.
Tuvalu prépare déjà le déplacement de ses quelque 10'600 habitants, au cas où le pays serait englouti par l'océan. Deux de ses neuf îles sont déjà en grande partie submergées.
Une vague de chaleur marine survenue en 2024 a détruit environ 99,9% des coraux qui formaient les îles isolées de Tuvalu.
'On peut nager pendant des heures et des heures le long d'un récif dans le lagon, et on ne voit que des squelettes, les uns après les autres. Tout est mort', a décrit le biologiste marin Austin Bowden-Kerby, qui s'est rendu à Tuvalu l'an dernier pour documenter les dégâts.
'Le système même qui a créé ces îles a disparu. Ce n'était pas la pollution. Ce n'était pas la surpêche. C'est simplement une conséquence directe du changement climatique', a-t-il ajouté.
Rajneel Singh, un scientifique exerçant sur place, a déclaré à l'AFP que le changement climatique avait déjà un impact sur les ressources alimentaires de la population de Tuvalu.
/ATS