La France sonnée au lendemain d'une journée de mobilisation
A Paris, 855 personnes ont été interpellées samedi, "un chiffre record".
Photo: KEYSTONE/EPA/MOHAMMED BADRALa France constate l'ampleur des dégâts dimanche matin après les violences, les pillages et le chaos qui ont éclipsé la mobilisation contre la 'vie chère', à six mois de la présidentielle. Rien qu'à Paris, 855 personnes ont été interpellées, 'un chiffre record'.
Les scènes d'insurrection, parfois au cri de 'Révolution', ont paru plus intenses que les émeutes de 2023, mais aussi que les journées d'action des gilets jaunes en 2018-2019, selon des reporters de l'AFP sur le terrain.
Dans les rues de Paris comme dans celles des principales villes du pays, des centaines d'institutions et de commerces ont été pris pour cible, laissant des rues entières jonchées de débris et de carcasses de deux-roues brûlés en centre-ville.
Dimanche au petit matin à l'approche du centre de Paris, les stigmates de la dévastation sont nombreux: vitrines brisées, monticules où ont été brûlés des vélos et des scooters, magasins dépouillés dans le quartier de République ou sur les Grands boulevards, et qui pour certains d'entre eux sont comme éventrés.
Paris, Marseille, Lille...
A Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants ont fait irruption dans les mairies ou dans les préfectures pour les vandaliser. A Lyon, une antenne de l'office de tourisme a été incendiée. A Limoges, c'est l'Hôtel de Ville, datant du 19e siècle, qui a été 'en grande partie perdu' dans les flammes. Le feu était circonscrit dimanche matin.
Dans la capitale, 'des rues entières ont été méthodiquement ravagées', selon le maire Emmanuel Grégoire (PS). Avec ses homologues de Lyon et Marseille, il a demandé à être reçu en début de semaine par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
'Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu'à nos mairies, seront poursuivis et punis', a assuré le président Emmanuel Macron dans un post sur X. 'Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu'à abattre nos institutions'.
Mélenchon mis en cause
Les forces de l'ordre ont interpellé 855 personnes samedi à Paris, a annoncé dimanche la préfecture de police. La première adjointe socialiste au maire de Paris, Lamia El Aaraje, a évoqué dimanche 'un niveau de violence que nous n'avons, je crois, jamais vu' dans la capitale.
C'est 'un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd ce soir', a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu après une visite nocturne auprès des forces de sécurité. Il a appelé La France insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon a été mis en cause pour son soutien au mouvement, a 'choisir son camp' entre celui 'de la République', et 'celui des casseurs'.
Après plusieurs semaines d'agitation lycéenne, les organisateurs de cette journée de mobilisation ambitionnaient de cimenter une 'convergence des luttes' avec les anciens gilets jaunes, sur fond de flambée du prix des carburants.
Jean-Luc Mélenchon, qui a défilé dans les rues de Paris, a assuré que 'ceux qui partagent' son combat 'n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage'. Il a accusé le Premier ministre d'avoir 'joué avec le feu en comptant sur le pourrissement' de la situation.
'Les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon, en légitimant la violence, en considérant l'ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos', a attaqué de son côté Marine Le Pen.
A six mois de la présidentielle, la mobilisation sociale est plus que jamais un terrain d'affrontement entre la candidate RN et le chef de file de LFI, qui selon plusieurs sondages récents pourraient s'affronter au second tour.
/ATS